Extrait
Irma sort d'un long moment de silence pour annoncer à sa tante, sur un ton résolu :
- Il faut faire des choses concrètes pour changer les mentalités. Réveiller les consciences endormies.
- Tu en connais les moyens?
- Par de petits ou de gros chocs. Pas nécessaire d'attendre une autre guerre pour mettre les valeurs aux bonnes places. C'est dans cette rue que je l'ouvrirai, mon hôpital.
- T'as idée du prix de ces maisons?
- À peu près. J'ai fait des économies pour en payer une à nos petits malades. Grand-père Zéphirin disait que l'argent était à notre service et non l'inverse.
- Je n'en pense pas moins, Irma, mais...
- Je vais payer la maison et, pour le reste, je compte sur des personnes généreuses. Il y en a dans notre ville aussi. Le temps est un bien que beaucoup de femmes ont le goût de donner. Il suffit de leur demander de le mettre au service d'une bonne cause, comme celle des enfants malades, et elles vont le faire. J'en ai eu la preuve partout où j'ai travaillé. Vous-même, tante Angèle, vous avez passé votre vie à aider tout un chacun. Le regrettez-vous?