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Actualités littéraires

L’homme de lettres Naïm Kattan n’est plus

Photo Naim Kattan : Annik MH de Carufel Archives Le Devoir

05-07-2021
Le Devoir - Jean-François Nadeau - 5 juillet 2021

Le romancier, essayiste et animateur culturel Naïm Kattan est décédé à l’âge de 92 ans, à Paris. Arrivé au Québec en 1954, il était une figure exemplaire des relations interculturelles, connu en particulier de tous les cercles du monde des lettres.

Né à Bagdad, en Irak, le 26 août 1928, Naïm Kattan appartenait à la communauté juive de cette ville au passé somptueux. De langue maternelle arabe, francisé dans les écoles de l’Alliance israélite universelle, il raconte ce rapport particulier au monde qu’est le sien dans Adieu Babylone !, ses « mémoires d’un juif d’Irak », son livre majeur publié en 1975.

À la direction du Conseil des arts du Canada pendant un quart de siècle, Naïm Kattan a mis en place des programmes d’aide à la création, à l’édition ainsi qu’à la traduction dans une société où le plein développement d’une littérature nécessitait la mise en place d’instances solides. Il était particulièrement fier d’avoir pesé de tout son poids pour que se développe au Canada une littérature originale pour la jeunesse.

« Il vivait littéralement d’une passion d’écrire que j’ai accompagnée pendant une trentaine d’années, depuis L’anniversaire (2000), roman dans lequel un narrateur dit toute son admiration pour le peuple québécois et sa survie », explique l’ex-éditeur et professeur de littérature Jacques Allard. Il aura publié, au cours de sa vie, près de 25 romans, en plus de nouvelles et de fictions radiophoniques.

De Bagdad à Montréal

Naïm Kattan étudie d’abord à la faculté de droit de Bagdad, puis à Paris, à la Sorbonne. Il est boursier du gouvernement français.

Très doué pour les relations humaines et la diplomatie, il a tôt fait de se lier avec tout un chacun. Sa conversation, toujours abondante, est parsemée sans cesse de références à « ses amis » de tous les coins de la planète, comme s’il était toujours étonné de son propre rapport au monde.

En Europe et au Proche-Orient, il collabore à divers imprimés de même qu’à des émissions radiophoniques. Dans la suite de sa vie, il est un collaborateur de plusieurs publications, dont les Lettres nouvelles, la Quinzaine littéraire, la Nouvelle Revue française, Les Écrits et Le Devoir.

Comme plusieurs Juifs européens, il immigre au Canada dans l’après-guerre. Il s’installe à Montréal en 1954, à 26 ans. Et il devient, presque tout de suite, un des principaux passeurs culturels entre les communautés à Montréal.

En Europe, Kattan avait collectionné les rencontres — Camus, Gide, Mauriac, Claudel — avant d’abandonner cette vie. Son fidèle scooter Vespa, il le laisse pour de bon et s’embarque à bord d’un transatlantique pour tenter l’aventure du Nouveau Monde. Mais collectionneur de rencontres, il le sera aussi de ce côté de l’Atlantique.

Tout de suite placé à la barre du Cercle juif de la langue française, il en voit le potentiel et coordonne des rencontres significatives entre les communautés. En 1954, à la toute première rencontre publique du Cercle, l’écrivain Yves Thériault parle de son roman Aaron. En délaissant enfin leur isolationnisme farouche, explique Thériault, « il devient tout à fait normal que certains d’entre nous jettent sur le pays un regard circulaire et, ce faisant, découvrent qu’il existe au Canada des groupements ethniques autres que le nôtre ».

Les figures de la société canadienne-française défilent dans ces rencontres culturelles médiatisées. On y entend, entre autres, la direction du Devoir, André Laurendeau et Gérard Filion, le sociologue Marcel Rioux, l’homme de théâtre Jean Gascon, la chanteuse d’opéra Sarah Fischer, les reporters René Lévesque et Judith Jasmin, de même que le journaliste Jean-Louis Gagnon, avec qui il sera plus tard de l’aventure du Nouveau Journal.

Tout le monde connaissait Naïm Kattan dans le milieu littéraire canadien et il connaissait lui-même tout le monde, d’ailleurs bien au-delà de ces cercles de lettrés. Au lendemain de l’élection du premier gouvernement de René Lévesque, le 15 novembre 1976, le poète et éditeur Gaston Miron, très enthousiaste du tour que prenait la vie politique, passe un coup de fil à son ami Naïm Kattan. « Gaston me dit : “Naïm, si on veut te toucher, il faudra me passer sur le corps !” Je lui ai répondu : “Gaston ! Tu sais qui il y a dans l’équipe de René Lévesque ? Que des amis intimes !” » Il disait vrai.

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