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Frapper l'épopée

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Éditeur : FLAMMARION Date de parution : 29 août 2024 Rayon : LITTERATURE FRANCAISE Format : Broché EAN13 / ISBN :

9782080440587

Couverture du livre Frapper l'épopée - Zeniter Alice - 9782080440587
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À lire
« Toujours en mouvement, Alice Zeniter nous surprend en faisant de la Nouvelle-Calédonie le cœur de son nouveau roman. Malgré ce sujet imprévisible, on discerne une continuité dans la trajectoire de son œuvre puisque les questions décoloniales et féministes, de même que celle de la nature de l’engagement politique et militant irriguent profondément ce nouveau livre. Aussi puissamment contemporain que Comme un empire dans un empire, avec le souffle grandiose de L’art de perdre et la densité philosophique de Toute une moitié du monde, Frapper l’épopée synthétise les qualités de Zeniter. Dans ce grand roman de la Kanaky, l’autrice raconte le retour au pays de Tass, exilée en Métropole le temps d’un amour qui vient d’arriver à échéance. En perte de repères et tracassée par le morcellement de son identité, cette jeune prof de français va s’inquiéter de la disparition de deux élèves de sa classe, des jumeaux kanaks. Au fil de ses recherches, elle va rencontrer une sympathique bande de militants pratiquant le « terrorisme empathique », manière innovante de rappeler la colonisation et les rapports de force en les sapant par des actions métaphoriques ou artistiques. Tout en roman, vous y revisiterez l’histoire récente du Caillou afin d’en mieux comprendre les secousses d’aujourd’hui. Frapper l’épopée est si malin qu’on ne se serait pas gêné d’en prendre une centaine de pages de plus !  »

extrait sélectionné

C’est une distance qui ne s’avale pas. D’ailleurs, aucune distance ne s’avale. Il faudrait qu’elle arrête d’utiliser cette expression, elle ne sait pas d’où elle vient, elle ne sait pas à qui elle l’emprunte quand elle pense dans ces termes – peut-elle même prétendre qu’elle pense ? Au mieux, elle fait du patchwork avec des vieux chiffons de mots qui lui traînent dans les coins du crâne. C’est une distance qui ne s’avale pas. Et comme elle a plus de vingt heures de voyage, elle a le temps, peut-être, de trouver une meilleure manière de formuler sa pensée, sauf si elle s’endort, ce qui lui paraît peu probable car le coussin en U glissé autour de sa nuque est trop mou et sa tête part en arrière ou en avant quand elle essaie de se détendre (si elle dort, elle aura un torticolis) ou si elle décide de lancer un film sur le petit écran inséré dans le dossier du siège mais elle a déjà vu presque tous ceux qui pourraient l’intéresser. C’est une distance qui se rumine, se mâchonne, quoi qu’elle fasse. Elle a essayé le trajet via Sydney, Tokyo ou Singapour, les départs à l’aube, l’escale parfois si courte qu’il faut courir entre les deux avions dans des couloirs sans fin ni fenêtres, mais rien ne peut faire tenir ce voyage en une journée unique, en vingt-quatre heures. Il déborde toujours, il bave sur le jour d’avant ou sur le jour d’après. Si on ajoute le trajet jusqu’à l’aéroport, le temps nécessaire pour s’enregistrer, passer les contrôles, embarquer, le vol lui-même, puis le transfert, puis le second vol, puis la navette pour rejoindre le centre-ville, on arrive au mieux à une journée et demie, deux quand on fait au moins cher. C’est comme si les vingt mille kilomètres tenaient la modernité technologique en respect. On ne peut pas avaler la distance qui sépare Paris de Nouméa. Contre le fantasme de sillonner en tous sens la planète, de parcourir le monde, le Caillou est un remède, se dit Tass : il est toujours trop loin.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quand Tass était enfant, les adultes lui ont raconté l’histoire de sa terre à plusieurs reprises et dans différentes versions. Malgré tous ces récits, Tass n’a jamais bien su où commençait l’histoire des siens. Comme elle n’a jamais réussi à expliquer la Nouvelle-Calédonie à Thomas, son compagnon resté en métropole. Aujourd’hui, elle est revenue à Nouméa et a repris son poste de professeure. Dans l’une de ses classes, il y a des jumeaux kanak qu’elle s’agace de trouver intrigants, avec leurs curieux tatouages : sont-ils liés à un insaisissable mouvement indépendantiste ? Lorsqu’ils disparaissent, Tass part à leur recherche, de Nouméa à Bourail – sans se douter qu’en chemin c’est l’histoire de ses ancêtres qui lui sera, prodigieusement, révélée. Le destin de Tass croise celui de l’archipel calédonien et Alice Zeniter, avec une virtuosité romanesque remarquable, met en scène son passionnant visage contemporain, à l’ombre duquel s’invite, façon western, son passé pénitentiaire et colonial.
Biographie
Alice Zeniter a 29 ans. Elle a déjà publié trois romans, dont Sombre dimanche (Albin Michel, 2013) pour lequel elle a reçu le Prix du Livre Inter.
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