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Malades métaphores (Les)

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Éditeur : BOREAL Collection : Liberté grande Date de parution : 23 février 2026 Rayon : ESSAIS LITTERAIRES QUEBECOIS Format : Broché EAN13 / ISBN :

9782764629239

Couverture du livre Malades métaphores (Les) - Satre Hugo - 9782764629239
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À lire
« Plutôt que les littératures qui sauvent, Hugo Satre préfère celles qui rendent malade. S’il faut tous un jour enrager contre la mort de la lumière avec Dylan Thomas, Satre semble estimer qu’il n’y a pas d’énergie à perdre en bibliothérapie et autres guérisons métaphoriques. Tant qu’à sombrer ou à contempler le cruel déclin de l’être cher, autant s’inoculer irrémédiablement le bacille de ces littératures de pestiférés, s’imprégner de la rageuse mélancolie des condamnés. Dans cet essai littéraire dans lequel l’auteur se révèle bien plus que ne le laissent supposer les trésors d’ingéniosité qu’il déploie à se cacher, Satre nous fait faire le tour du sanatorium en nous présentant ses chers grabataires qui sont autant d’ami.e.s intimes. D’abord Fritz Zorn qui étend ses métastases à l’ensemble de la bourgeoisie zurichoise, puis Antoin Artaud et son étroite fréquentation de la folie et des asiles. Dans le cortège des scrofuleux sublimes, on croise Kathy Acker, Thomas Mann et Susan Sontag (avec laquelle Satre n’hésite pas à débattre d’outre-tombe sur sa célèbre injonction à démétaphoriser la maladie). Mais là où Les Malades métaphores est le plus beau, c’est quand le brillant analyste quitte sa chaire et laisse poindre l’abyme qu’a creusé la maladie dans sa vie. Accompagnant sa mère à partir de son diagnostic de cancer, le fils cache son ébranlement sous une sourde colère. Des pages qui par leur style férocement intelligent rappellent le regretté Mathieu Riboulet. Je le dis parce que j’aime beaucoup Hugo, qui est un ami et qui a été un libraire chez Gallimard, mais je le dis surtout parce que c’est un très beau livre qui mérite sa place dans la belle collection de Liberté grande.  »

extrait sélectionné

Le livre que voici prend le parti ingouvernable de l’étrange. Peut-être d’ailleurs comme tous les écrits littéraires portant de près ou de loin sur la maladie et sur la mort qu’elle prend pour horizon. Une étrangeté que je n’ai pas voulue, car l’étrangeté n’est pas une chose que l’on veut. Plutôt est-ce ce qui arrive à qui a abandonné l’évidence factice mais rassurante de penser ce qu’il dit. Or, rien ici ne s’épuise dans la volonté. Ni d’ailleurs n’y commença. Tout au plus y œuvre le désir de rester au plus près de ce qui partout ailleurs semble fuir le champ du dicible.
Cet abandon à l’étrangeté, peut-être est-ce d’ailleurs la condition pour entamer un dialogue avec ces écrivains qui moururent emportés, comme leurs mots, dans l’anomalie des fièvres, des tumeurs, du malin. Pour entendre dans leur langue mortifère le cheminement de leurs œuvres génialement gangrénées par la métaphore vers l’infection de leurs propres chairs. Perdant l’évidence de la santé, ces dernières devinrent elles-mêmes des métaphores, des corps sans queue ni tête, sur les parois desquels s’écrivait l’inévidence d’une vie contaminée par la mort. S’emballant dans la dégénérescence de ce qu’ils disent et qui déjà n’est plus, de ce qu’ils sont et déjà n’incarne plus, ces malades métaphores sont des écrivains qui du texte au corps sont devenus entièrement de la littérature.
Les lignes puis les pages que voici sont du seul ressort de cette coïncidence maladive entre corps et mots, leurs incohérences, elles, tracent le mouvement d’une pensée qui s’oppose radicalement à l’arraisonnement de la signification, comme à l’évidence de l’adresse. Elles relèvent du caprice de tenir à écrire ce qui résiste au régime de la parole « normale », prononcée ici et là à voix haute, et dont l’absurdité propre est de croire qu’il est de son droit d’être entendue.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Ces livres de malades, de malades métaphores qui, comme Fritz Zorn, s’inventèrent écrivains afin de vivre une vie à laquelle pouvoir mourir quand frappe le cancer, est-ce cela l’expérience dont on parle quand on dit, à propos de leur lecture, cela me fait du bien ? Non, cela me fait exister en me portant auprès de la mort, cela me fait entrer dans la connivence littéraire de la maladie. Cela agrandit une vie en dressant la toile sur laquelle elle fait fond. Cela alourdit de vie la mort et de mort la vie. Cela me permet de penser que ma mort à moi sera possible. Autrement, ce sera la mort, une mort, sans vie, sans personne, sans vérité. » Prenant le parti ingouvernable de l’étrange, liseur d’Artaud, de Duras, d’Acker, de Genet, de Mann et, bien sûr, de Zorn, Hugo Satre perçoit dans ces livres autant de fusils pointés qu’il fixe avec élégance. Pour Satre, les livres n’ont rien de thérapeutique. Au contraire, les œuvres, celles de la vie et de la mort, nous enfoncent dans la gorge notre propre finitude, que nous ne saurons pouvoir régurgiter ou même digérer. Elles nous contaminent de leur savoir trouble, de leur vacillement, sans nous permettre d’entrevoir une quelconque porte de sortie que serait le savoir médical objectif, dont l’expression langagière, comptable, empêche tout contact avec la réalité de la mort. Extrait de la préface de Catherine Mavrikakis
Biographie
Né à Montréal, Hugo Satre a réalisé l’essentiel de ses études en littérature comparée. Il a notamment écrit des articles sur Michel Foucault, Antonin Artaud, Kathy Acker et David Wojnarowicz, étrangement réunis par le travail d’une thèse. Les Malades métaphores est son premier livre.
Ce livre a été associé à la Vitrine : Les attendus - février 2026
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