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Toute une moitié du monde

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Éditeur : FLAMMARION Date de parution : 30 août 2022 Rayon : ESSAIS LITTERAIRES Format : Broché EAN13 / ISBN :

9782080259332

Couverture du livre Toute une moitié du monde - Zeniter Alice - 9782080259332
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À lire
« Zeniter l’essayiste est au moins aussi brillante que Zeniter la romancière, ce qui n’est pas peu dire si l’on considère le calibre de L’art de perdre et de Comme un empire dans un empire. Glané chez Tristan Garcia, un autre qui passe son temps à stimuler notre pensée, ce très beau titre fait bien sûr référence aux femmes ; « C’est toute une littérature à laquelle il manque une moitié du monde ». Partant de ce constat ainsi que tu troublant test de Bechdel, Zeniter s’interroge sur l’absence de personnages féminins auxquels s’identifier au sein du cursus littéraire classique. Avec mordant et force saillies espiègles, elle met un joyeux bordel dans un répertoire qui a bien besoin, aujourd’hui, d’être relu avec quelques grilles d’analyse en plus. Qu’on ne s’y méprenne pas cependant, le crachoir a beau servir abondement (avec raison), ce livre est aussi celui d’une grande lectrice, amoureuse insatiable de la littérature sous toutes ses formes et qui cherche comment l’aimer encore. Un hommage aussi, donc, nourri généreusement d’autres livres, celui de Zeniter créé une promenade cohérente et passionnante à travers l’œuvre de la regrettée Toni Morrison, de la presque oubliée Zora Neale Hurston, de l’essayiste Vincent Message, du philosophe romancier Tristan Garcia, convoquant au banquet d’idées Deleuze, Beauvoir, Barthes, Ngozi Adichie, Didion, Macé et une foule de surdoué.e.s à découvrir entre ces pages. Le tout est admirablement orchestré, revigorant intellectuellement et étonnamment marrant (faut bien rire si l’on ne veut pas pleurer). Ce qu’il y a de galvanisant à découvrir ce qu’il manque, c’est de se rendre compte qu’il reste à l’inventer. Tendez l’oreille, toute une moitié du monde vous parle déjà, réinvente la littérature et ne s’arrêtera pas de le faire aux cours des années à venir ! »

extrait sélectionné

Revenons-en à la question sur laquelle je trébuche : à qui me suis-je identifiée lors de mes lectures ? Avant d’être adulte, toujours aux personnages masculins : j’ai été Bastien Balthazar Bux, pas la Petite Impératrice, j’ai été d’Artagnan, pas Constance Bonacieux, j’ai été Jean Valjean et pas Cosette – pour la bonne et simple raison que la Petite Impératrice est prisonnière de sa tour d’ivoire, que Constance Bonacieux passe son temps à se faire enlever et que Cosette troque les maltraitances des Thénardier contre la surveillance des bonnes sœurs du couvent, toutes situations qui répliquaient (en les exagérant) l’état d’impuissance qui était le mien et dont je cherchais à m’échapper par la lecture. Je lisais enfermée dans une chambre dont mon petit corps et mon statut de mineure ne me permettaient pas de sortir, ou jamais assez loin, et les personnages féminins que je rencontrais lors de ces lectures étaient elles-mêmes des prisonnières, des recluses ou des ballottées par la volonté des forts. Forcément, je me projetais dans l’autre genre, celui qui agissait, celui contre qui les quatre murs d’une chambre ou d’une cellule paraissaient ne rien pouvoir. J’ai été un homme presque tout le temps de ma vie de lectrice. D’abord avec un immense plaisir et puis avec un certain agacement, dû à la lassitude, sans doute.

Ce qu’en dit l’éditeur
"S’il y avait un message diffusé dans des haut-parleurs avant l’entrée en territoire de fiction, il ressemblerait, curieusement, à celui des assurances ou des banques jointes par téléphone : Patientez quelques instants, vous allez être mise en relation… Ce que je cherche, sans doute, depuis le début, en tant que lectrice et en tant qu’écrivaine, ce sont des récits qui me permettent d’entrer en relation avec des êtres qui me sont inconnus et me deviendront proches, tout comme des récits qui leur permettent – à l’intérieur de la fiction – des relations riches, complexes et fragiles." S’il ne s’agit plus d’expliquer le monde – qui le pourrait ? – il semble urgent de le multiplier, c’est-à-dire de faire rentrer dans le roman, aux côtés des héros et héroïnes bien connus, tous ceux qui n’ont pas encore été suffisamment racontés. Renouveler les formes, habiter de nouveaux personnages pour, in fine, lire et écrire autrement. Affirmer qu’il manque à la fiction toute une moitié du monde qu’il resterait encore à représenter, c’est dire aussi qu’il lui reste cette même moitié du monde à explorer. "Et ça me paraît le plus beau des programmes" écrit Alice Zeniter dans ce livre hautement stimulant, nourri d’expériences, de lectures, de réflexions et d’idées sur nos manières de lire et d’écrire. Avec autant de gaité que de sérieux, Alice Zeniter ouvre en grand les fenêtres de la fiction à venir.
Biographie
Alice Zeniter a 29 ans. Elle a déjà publié trois romans, dont Sombre dimanche (Albin Michel, 2013) pour lequel elle a reçu le Prix du Livre Inter.
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Ce livre a été associé à la Vitrine : Regard vif