À lire
« Membre turbulent des célèbres Merry Pranksters, adepte des élargissements de l'esprit de tout acabit, pas tout à fait hippie, pas tout à fait beatnik, l'auteur américain Ken Kesey, en bon lutteur vitaliste, prend le monde à bras le corps, comme une étreinte resplendissante apte à faire surgir tous les paradoxes d'une constellation décadente se mordant continuellement la queue. Débarque à Kuniak, petite ville fière mais paumée d'Alaska grouillante de pêcheurs et d'autochtones, un yacht-État propriété d'un empire cinématographique qui est prêt à tout pour faire sauter la banque quitte à transformer cette enclave en caricature d'elle-même. Folklorisation outrancière sous-tendue par un faux conte autochtone dont s'est gavée la planète parabolique entière. Sauf que Ike, l'éco-terroriste de légende et sa bande de forbans modernes n'ont pas spécialement envie d'assister à la hollywoodisation de leur territoire surtout que le retour de l'enfant prodige Nicolas Levertov, grand manitou derrière les caméras, ressemble étrangement à une vendetta de grande envergure qui pourrait bien moissonner tous les habitants.
L'intelligence interactionnelle de Ken Kesey conjuguée à son électrique et élégante outrecuidance font du roman « Jusqu'à ce que les vagues nous libèrent » une offrande littéraire à savourer sans ménagement notamment pour le style décapant et érudit et pour les résonances fortes avec nos sociétés désenchantées. »
Ce qu’en dit l’éditeur
Dans un futur proche, quelques enclaves sont encore épargnées par les ravages des crises climatiques. Parmi elles, Kuniak, village d’Alaska peuplé de pêcheurs et d’exilés, planté au cœur d’une nature hostile et intraitable. C’est là qu’Ike Sallas, éco-terroriste ayant purgé sa peine, a trouvé refuge. Malgré la rudesse de la vie, les habitants y trouvent leur compte et une forme de paix. Mais quand Nicolas Levertov, enfant du pays, à la tête d’une folle équipe de tournage qui s’est mis en tête de faire de Kuniak le décor d’un film, débarque à bord d’un immense yacht et annonce qu’il va faire pleuvoir l’argent, la folie s’empare de ce coin de paradis. Ike, fidèle à lui-même, a des doutes sur cette alléchante proposition et soupçonne le fils prodigue d’avoir d’autres plans pour la communauté.
Avec ces personnages excentriques, ses aventures rocambolesques et à sa satire mordante, Jusqu’à ce que les vagues nous libèrent est un roman sauvage et endiablé, une escapade sombre et cosmique, autour d’un microcosme aussi imprévisible que la mer elle-même. Ken Kesey, explorateur infatigable de la nature humaine, nous offre une œuvre festive et mélancolique, qui pose la question de savoir s’il est encore possible de trouver une forme d’authenticité dans un monde de plus en plus artificiel ?
Biographie
Suivre dans ses zigzags la fulgurante trajectoire de Kenneth Elton “Ken” Kesey entre 1960 et 1967, c’est voir se dérouler à toute vitesse les années soixante aux États-Unis, leurs extravagances, leur fantastique dynamisme, leurs naïvetés, et aussi leurs inquiétantes dérives.
Né en 1935 dans le Colorado, le bouillonant Ken Kesey a grandi dans le Nord-Ouest, en Oregon, où son père monte, au lendemain de la guerre, une coopérative laitière assez prospère. Athlétique, avec un vague air de Paul Newman en plus musculeux et trapu, c’est un spécialiste de la lutte gréco-romaine, discipline dans laquelle il a failli être sélectionné pour les Jeux Olympiques de 1960. Il arrive dans la baie de San Francisco en 1956, avec une bourse pour l’université Stanford. L’hôpital pour anciens combattants de Menlo Park recrute des cobayes rémunérés pour des expériences de drogues « psychomimétiques ». Ken Kesey découvre les hallucinogènes : le LSD, le peyotl, la mescaline.
Il écrit le roman qui va le rendre célèbre, Vol au-dessus d’un nid de coucou (1962). Avec l’argent de son succès, il achète, près de La Honda, une maison, où il termine son second roman, qu’il estime être son chef-d’œuvre, Et quelquefois j’ai comme une grande idée, qui parait en 1964.
Au printemps de la même année, sa vie va complétement changer de direction. Kesey et sa bande de « Joyeux Lurons » – les Merry Pranksters – achètent un vieux bus de ramassage scolaire, le peinturlurent de toutes les couleurs, l’équipent de hauts-parleurs, et prennent la route de l’Est. Au volant, une vieille connaissance : Neal Cassady, l’ancien compagnon de bourlingue de Kerouac. On refait Sur la route, mais dans l’autre sens. Ou plutôt, on s’en repasse le film. Le bus traverse le continent jusqu’à New York, où se tient alors l’Exposition Universelle.
À leur retour, la maison de La Honda devient le lieu de rendez-vous de toute la culture qu’on commence à appeler « psychédélique ». Tom Wolfe racontera ses aventures dans Acid Test, que Gus Van Sant (grand admirateur de Kesey) a le projet d’adapter au cinéma.
Trop jeune pour être un beatnik, trop vieux pour être un hippie, Ken Kesey était l’embryon d’une contre-culture anticonsumériste, totalement libre, ouvert d’esprit et tentant par tous les moyens de se connecter au monde entier pour en prendre la véritable mesure.
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