Publisher’s opinion
Sous son titre emblématique, The Road (qui perd beaucoup de sa force dans ladaptation française qui a eu longtemps cours : « Les Vagabonds du rail »), ce livre est peut-être, parmi tous ceux qua signés London, celui qui aura eu le plus dinfluence sur la littérature américaine à venir. Et Kerouac, en intitulant Sur la route son uvre la plus fameuse, lui tirera par le fait un sérieux coup de chapeau. La route dont il sagit, cest le libre et dur chemin du hobo, ce vagabond sans feu ni lieu qui voyage sur lessieu des wagons, dort au creux des fossés ou dans les gares de triage, mange ce quil chaparde ou ce que lui offrent quelques bonnes âmes (il y en a pas beaucoup)
et ne connaît bien souvent dautre toit que celui de la prison. London a connu tout cela autour de ses dix-huit ans, et La Route évoque, avec quatorze ans de recul, les souvenirs de cette année de vagabondages qui le vit parcourir quelque 20 000 kilomètres dun bout à lautre des États-Unis aux dépens des compagnies de chemin de fer (qui traquaient pourtant sans pitié les clandestins)
et de ses souliers. En 1894 on la un peu oublié les États-Unis traversent une terrible crise économique. La croissance, menée trop rapidement, seffondre en quelques saisons : dans la seule année 1893, cinq cents banques et seize mille entreprises font faillite, et lannée suivante un ouvrier sur quatre se retrouve au chômage. Le gouvernement de lépoque estime quil na pas à intervenir : le libéralisme à la mode déjà ! postule que les choses se répareront delles-mêmes
avec le temps. A quoi les ouvriers, dont la gamelle exige dêtre remplie à linstant, protestent par la grève sauvage, parfois par la révolte ouverte. Cest alors quun petit patron de lOhio du nom de Jacob Coxey, nourri didées socialistes, a lidée denrôler tous ces crève-la-faim dans une marche pacifique sur Washington : histoire de faire entendre aux représentants du peuple que la faim et la misère sont des affaires dignes peut-être de retenir leur attention. Coxey est de ces idéalistes pleins de charisme comme lAmérique a le talent den produire, mais qui trébuchent avec naïveté sur les pierres que les petits malins se font un plaisir de semer le long de leur route. Il réussira à lever plusieurs armées de gueux aux quatre coins de lAmérique
mais le chemin qui mène à Washington est long, et les autorités locales ont le talent de distraire ou daffamer les pauvres marcheurs qui font halte aux portes de leur ville. De quelques dizaines de milliers de gaillards qui ont répondu à lappel de Coxey, deux ou trois cents à peine atteindront les marches du Capitole. Jack London, encore gamin à lépoque (mais qui a déjà voyagé comme matelot dans le Pacifique et tâté son content du travail en usine) senrôle à lappel de Coxey dans l« armée » des gueux de Californie commandée par le « général » Kelly. Il se retrouve dans le Nevada, puis dans le Missouri où il « déserte », histoire de se donner une petite chance de ne pas crever la dalle pour de bon, puis à Chicago, puis au Canada, puis en tôle (près de Niagara Falls), puis à Boston, Pittsburgh, Baltimore, New York
avant de regagner la côte ouest par des chemins plus improbables encore. Cette épopée de la faim pourrait donner lieu à un livre plein damère tristesse. Cest tout le contraire. Jack en bave sans doute, et il ne nous le cache pas, mais cette souffrance est balayée par un formidable désir de vivre, par le plaisir sans cesse renouvelé des rencontres, par le goût de la route et du vent. Le climat du livre, plein dénergie dépensée sans compter, dhumour facétieux, de culot éhonté, est très exactement celui des premiers films de Chaplin. Lun des plus beaux hymnes jamais dédiés à la jeunesse et à la liberté. Chronique des quelques saisons que le jeune London (à 18 ans) passa à vagabonder sans un sou en poche sur les routes des États-Unis, voyageant sans billet sur les essieux des trains
et couchant parfois en prison. La Route (Les Vagabonds du rail) lun de ses plus grands livres servira pendant deux ou trois générations demblème à la jeunesse contestataire américaine.
Biography
Jack London (1876-1916) : la vie brève et mouvementée de cet écrivain américain est dominée par la nécessité de se mettre en scène dans une série de rôles inspirés par la réalité d'une naissance illégitime, d'une enfance malheureuse, et l'emportement de passions précoces : pour les livres, l'aventure et la réussite, mais aussi pour la cause du peuple qui détermine son adhésion au parti socialiste dont il se voudra le porte-parole jusqu'à la veille de sa mort.
Cette édition a été établie par Francis Lacassin.
Passionné de bande dessinée et de littérature populaire, scénariste, éditeur, collectionneur, journaliste, Francis Lacassin fut, de 1981 à 2000, l'un des principaux collaborateurs de « Bouquins ».
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