En vitrine
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Célébrons les 400 ans de monsieur Molière !

C'était au temps du Roi-Soleil, le siècle grand
Du Grand Condé, du Grand Colbert, et de Vauban ;
L'époque de Dancourt, et celle de Regnard,
Où Molière a vécu, et où Molière est mort.
Jeune, émancipé d'âge, il renonce à l'office
De tapissier du roi dont il a survivance,
Et à vingt-et-un ans, à tout crin, Jean-Baptiste,
Avec neuf camarades, en carrière se lance.
Là, il fonde l'Illustre Théâtre, sa troupe,
Et se produit aux Métayers, à la Croix-Noire.
Mais criblé de dettes, il y a loin de la coupe,
L'Illustre fait faillite, hélas! et se sépare.
Écroué, Molière, accablé de poursuites,
À son père sait gré de verser sa caution.
Libéré, avecque les Béjart, par la suite,
Il intègre la troupe du duc d'Épernon.
Ils sillonnent les routes par vaux et par monts,
Et en long et en large, et à travers la France,
Comme dans son roman le racontait Scarron.
Cela, douze ans durant, douze ans d'itinérance.
La meilleure troupe de province au pays,
Ayant trouvé ses marques, regagne Paris.
Agréée par Monsieur, sous protection royale,
C'est au Petit-Bourbon d'abord qu'elle s'installe.
La Troupe de Monsieur, perfectionnant son jeu,
Présente L'Étourdi, Le Dépit amoureux.
Ces deux pièces en vers sont fort bien accueillies.
Tout le monde se pâme, et tout le monde rit.
C'est le temps des Précieuses, un succès fracassant,
Succès tel qu'à Paris, de vingt lieues à la ronde,
On vient pour en avoir le divertissement,
N'en déplaise aux salons et aux fates facondes.
Protégé par Monsieur, frère unique du roi,
Molière se taille une réputation.
Partout court la rumeur des comiques exploits,
Dont il est l'écriteur, dont il est le champion.
Pour la première fois, et sur commande expresse
Du superintendant des finances, Fouquet,
Molière, pour l'agrément de Son Altesse,
Crée un genre nouveau : la comédie-ballet.
Le succès suscitant les basses jalousies
De l'Hôtel de Bourgogne, sa troupe rivale,
Ces derniers, par envie, orchestrant des cabales,
Le disent immoral, et le disent impie.
Loin de s'en offusquer, Molière s'en moque.
Répondant par la plume à leurs allégations,
Il monte sur les planches, il enfile les socques,
Et ainsi, derechef, les tourne en dérision.
C'est que, précisément, Molière, par art,
Fait rire son public du miroir qu'il lui tend.
Ce dernier, avisant ses travers dérisoires,
S'observe tel qu'il est, sous un jour défaillant.
Tous y passent : marquis, faux dévot, amoureux,
Barbon, valet, bouffon, pédant, cuistre, bas-bleus.
Gentilhomme, cocu, misanthrope, soubrette,
Honnête homme, jaloux, avaricieux, coquette.
On pourrait continuer, mais il faut que j'avoue
Que, ma foi, j'en arrache, et que je deviens fou.
À compter mes syllabes, à composer mes vers,
Ma pensée se détraque, et je poigne les nerfs.
Laissez là mon affaire : allez lire Molière.
Lisez, relisez-le, dévorez ses ouvrages.
Faites-vous ce cadeau, rendez-lui cet hommage.
Et pour finir scandons : joyeux anniversaire.
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